Note de la rédaction : Lancé par l’Agence chinoise de coopération internationale pour le développement (CIDCA) et organisé par le Centre de promotion du développement mondial de la CIDCA, un atelier de formation destiné aux jeunes et portant sur lesmédias et l’Initiative pour le développement mondial (IDM) s’est tenu du 8 au 17 juillet. Le programme a réuni 34 jeunes responsables issus de services de communication internationale et professionnels des médias, venus de 20 pays, dont l’Angola, le Brésil, le Laos et Nauru. Hamid Hamdard, un participant qui est directeur général adjoint de la chaîne afghane Mihrab TV, a publié une tribune intitulée « Beyond the Headlines: A China Rediscovered » dans la presse afghane Heart of Asia.
Avant de me rendre en Chine, je ne connaissais ce pays qu’à travers des reportages, de débats politiques, de statistiques économiques et d’une mention familière qui, depuis mon enfance, figurait sur les produits du quotidien en Afghanistan : « Made in China ». Comme beaucoup d’Afghans, j’associais la Chine à l’industrie manufacturière, à la technologie et à l’essor économique. Mais, comme tout journaliste le sait, les gros titres racontent rarement toute l’histoire. La véritable compréhension commence par l’observation.
C’est avec cet objectif en tête que j’ai participé, en juillet, au programme de formation aux médias pour les jeunes dans le cadre de l’Initiative pour le développement mondial, à Pékin et à Sanya (dans la province de Hainan). Au cours de ces dix jours jalonnés de conférences, d’échanges professionnels et de visites de terrain, j’ai eu l’occasion non seulement de découvrir le développement de la Chine, mais aussi de repenser la manière dont les journalistes devraient rendre compte de sociétés complexes.
Ce qui m’a frappé en premier lieu, ce n’était ni un monument emblématique ni une institution politique, mais l’efficacité remarquable dans la vie quotidienne. Les transports en commun, les systèmes de paiement électronique et les infrastructures modernes fluidifiaient les activités de tous les jours à tel point qu’ils en devenaient presque invisibles aux yeux des habitants. Pour un visiteur venu d’Afghanistan, toutefois, ils illustraient bien plus que la simple technologie : ils reflétaient des décennies de planification nationale concrétisées par des services pratiques et accessibles. J’ai alors compris que le développement ne se mesure pas uniquement par des projets ambitieux, mais aussi au vécu quotidien de chaque personne.
Cette idée a surgi tout au long du programme de formation. Les conférences sur la modernisation de la Chine ont souligné que la croissance économique ne constitue qu’un aspect du développement du pays. L’éducation, la santé publique, l’innovation scientifique, la protection de l’environnement et la stabilité sociale ont été présentées comme des objectifs interdépendants plutôt que distincts. Pour une personne venant d’Afghanistan, où le débat public se concentre souvent sur la gestion des défis politiques et sécuritaires immédiats, cette conception plus large du développement s’est révélée à la fois instructive et propice à la réflexion.
Une conférence sur la transformation numérique a particulièrement remis en question mes idées reçues. En dehors de la Chine, les discussions sur l'économie numérique chinoise se concentrent souvent sur l’intelligence artificielle (IA), le commerce électronique ou les technologies de pointe. Pourtant, le programme a souligné que la numérisation repose avant tout sur des infrastructures fiables, une gouvernance efficace, des talents qualifiés et une planification politique à long terme. La technologie seule ne peut transformer la société si ces fondations ne sont pas solides.
Cette leçon est pertinente pour l’Afghanistan. Les technologies numériques pourraient considérablement améliorer l’éducation, les services financiers, l’agriculture et l’administration publique. Toutefois, leur succès dépend en fin de compte de l’électricité, de la connectivité internet, des capacités institutionnelles et de la confiance du public. L’expérience chinoise donne à penser que la modernisation ne commence pas par la technologie elle-même, mais par la mise en place des conditions permettant à la technologie de servir efficacement la société.
Une autre conférence qui m’a beaucoup intéressé portait sur la réduction de la pauvreté. Les discussions internationales soulignent souvent le nombre impressionnant de personnes que la Chine a sorties de la pauvreté, en se concentrant davantage sur les statistiques que sur les méthodes employées pour y parvenir. Plutôt que d’appliquer des politiques uniformes, les officiels chinois ont d’abord cherché à identifier les raisons pour lesquelles certains foyers demeuraient pauvres (S’agissait-il de maladie, de carences en matière de transports, d’un faible niveau d’instruction, de chômage ou d’isolement géographique ?) Ce n’est qu’après avoir précisément cerné le problème qu’il a été possible d’aborer des approches efficaces et sur mesure.
Si ces approches peuvent être intégralement reproduites ailleurs, c’est une autre affaire. La géographie, les institutions et l’histoire de l’Afghanistan diffèrent considérablement de celles de la Chine. Toutefois, le principe selon lequel une politique efficace repose sur un diagnostic approfondi plutôt que sur des solutions préétablies mérite d’être sérieusement pris en considération dans tout pays en développement.
Notre visite de terrain à Wuzhishan, dans la province de Hainan, a transformé de nombreuses discussions en classe en une expérience pratique enrichissante. En parcourant cette région montagneuse, j’ai pu observer la manière dont la préservation de l’environnement, le tourisme, l’héritage du patrimoine culturel et le développement rural étaient menés de front. La protection des forêts n’était pas présentée comme un obstacle à la croissance économique, mais plutôt comme une source d’opportunités pour les communautés locales. Les coutumes traditionnelles étaient préservées parallèlement au développement de nouvelles activités économiques, démontrant ainsi que la modernisation n’implique pas nécessairement l’abandon de l’identité culturelle.
Je suis venu du pays où de nombreuses communautés rurales dépendent entièrement des ressources naturelles. J’ai trouvé cette expérience particulièrement marquante. La leçon à en tirer n’est pas que mon pays devrait copier le modèle chinois, mais plutôt que le développement gagne en durabilité lorsqu’il parvient à concilier et à renforcer la protection de l’environnement et les moyens de subsistance locaux.
Pourtant, l’aspect le plus précieux du programme est le journalisme. Plusieurs journalistes chinois chevronnés nous ont incités à envisager le reportage international sous un angle varié. Trop souvent, l’actualité mondiale réduit les pays à des récits géopolitiques tout en négligeant le vécu des gens ordinaires. Selon eux, le bon journalisme doit aller au-delà des déclarations officielles pour expliquer des enjeux complexes en s’appuyant sur des faits, le contexte historique et des histoires humaines. Un message m’a retenu tout au long du programme : il faut humaniser le récit. Les lecteurs s’identifient rarement à des documents d’orientation politique ou à des statistiques abstraites. Ils se sentent davantage concernés par des agriculteurs qui s’adaptent au changement climatique, des étudiants bénéficiant d’une meilleure éducation, des entrepreneurs créant leur entreprise ou des familles en quête de meilleures perspectives. Ces expériences individuelles illustrent souvent le développement bien mieux que les indicateurs économiques.
Une autre session a porté sur la narration documentaire et le rôle croissant de l’IA dans le journalisme. Si l’IA peut faciliter la traduction, le sous-titrage et la production de contenus, la technologie ne saurait remplacer un travail de reportage authentique. La confiance repose toujours sur une vérification rigoureuse, un jugement professionnel et une véritable expérience humaine. À une époque où la désinformation se propage rapidement sur les plateformes numériques, ce rappel a semblé particulièrement d'intérêt.
Des échanges avec des journalistes d’Asie, d’Afrique et d’autres régions en développement ont révélé que nos défis professionnels sont remarquablement similaires. Qu’il s’agisse de reportages sur le climat, de développement économique ou de la crédibilité des médias, nous avons découvert que nos pays sont souvent confrontés aux mêmes problématiques, malgré des contextes politiques et culturels différents. Ces échanges m’ont rappelé que la coopération internationale ne concerne pas uniquement les gouvernements ; elle repose aussi sur l’apprentissage mutuel entre professionnels.
Au terme du programme, je me suis demandé non pas ce que l’Afghanistan devrait copier de la Chine, mais quelles leçons plus larges pourraient être adaptées à notre propre contexte. L’expérience chinoise démontre l’importance de la planification à long terme, de l’investissement dans les infrastructures, de l’éducation, de l’innovation technologique et de la continuité institutionnelle. Ces principes sont précieux, mais ils ne peuvent être transposés tels quels dans une autre société. La trajectoire de développement de chaque pays doit refléter sa propre histoire, sa géographie, ses institutions et sa culture. C’est peut-être la conclusion la plus importante que j’ai tirée de cette redécouverte de la Chine.
L’apprentissage entre des pays ne consiste pas à imiter, mais à s’adapter. Ce principe s’applique également au journalisme. Notre responsabilité n’est pas d’amener les lecteurs à admirer un pays ou à en critiquer un autre, ni de reprendre sans les remettre en question les discours officiels. Notre rôle consiste à observer attentivement, à vérifier les faits, à apporter un éclairage contextuel et à présenter des points de vue variés, afin que les lecteurs puissent se forger leur propre opinion en toute connaissance de cause.
Avant de me rendre en Chine, je ne percevais ce pays qu’à travers les gros titres de l’actualité. Après avoir passé dix jours à écouter des universitaires, à échanger avec mes homologues et à visiter des communautés rurales, j’ai compris que chaque titre ne reflète qu’une partie d’une histoire bien plus vaste.
Je ne suis pas rentré dans mon pays avec des réponses simplistes ou des slogans politiques. J’en ai plutôt retiré une conscience accrue de l’importance de la curiosité, du dialogue et de l’observation directe. Dans un monde de plus en plus polarisé, les journalistes ont la responsabilité de dépasser les récits convenus pour examiner les sociétés dans toute leur complexité. Comme nous l’enseignent nos ancêtres : « Cherchez le savoir, même s’il faut aller jusqu’en Chine. »
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